Jordi ISERN

Jordi-Isern

 

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Né à Barcelone en 1962.
Il vit à St. Iscle d’Emporia, Espagne

 

Doctor en Bellas Artes por la Universidad de Barcelona

1985 / Beca de Artes Plásticas de la Generalitat
1986 / Beca de pintera de la Fundación Güell
2007 / Premio Honda de Pintura
2010 / Premio de Pintura de la Fundación Vilacasas

 

Un corps à corps avec l’univers

Une vision superficielle des œuvres de Jordi Isern pourrait les confondre avec les linceuls palimpsestes qui auraient gardé la trace des corps qui y reposèrent, des corps solitaires, asexués, primordiaux, le corps de chacun d’entre nous, la conscience ou l’inconscience que nous en avons. J’ai parlé d’une vision superficielle, externe car, par on ne sait quel mystère mais aussi talent de l’artiste, au fond ces corps sont vivants comme nous qui les contemplons, comme Jordi Isern qui les a créés, ils sont le résultat d’une ascèse, d’une décantation, ce qu’il reste de la perception de notre corps quand nous avons fait le vide en nous, que nous nous sommes débarrassés de tout ce qui est superflu, accessoire, et que, par une sorte de révélation ultime de l’expérience mystique, le néant débouche sur le tout, quand le corps fusionne avec le monde, se confond avec lui. Etre vivant pour un corps, contrairement à l’image externe que nous en avons, nous les occidentaux, qui consiste à bouger, à parcourir vainement l’espace infini du monde, être vivant donc, si l’on est fidèle à l’image interne qu’en a la philosophie ésotérique orientale, en particulier le bouddhisme, serait d’être immobile comme le sont généralement les corps peints par Jordi Isern, d’occuper tout l’espace du tableau pour montrer ainsi, dans la composition même et dans les limites floues avec le fond plus sombre, qu’ils sont en communion sensorielle avec le monde qui les entoure et dont ils font partie intégrante. J’ai dit que l’idéal serait que ces corps fussent immobiles, sereins, mais ils ne le sont pas, ils sont dressés, coupés, gravés de signes, de graphismes qui sont comme des stigmates, d’écritures illisibles qui nous disent la difficulté de l’entreprise métaphysique de Jordi Isern : oublier la douleur des corps, impossibilité de donner par des moyens matériels comme les pigments, les couleurs même d’une gamme éteinte, une image de l’immatériel. Le choix conscient de fragments de corps, de torses généralement, me semble une tentative réussie de fusion avec l’espace environnant, le cosmos. Par son emploi du clair obscur, sa nudité, l’ascétisme de sa gamme colorée, la peinture de Jordi Isern inquiète, provoque, elle ramène le spectateur à son essence, à son néant, mais celui qui va au fond des choses et des œuvres de Jordi Isern verra que ce n’est qu’à partir de là que son corps prend tout son sens, et que la mort qui le guette et l’effraie s’abolira lorsque son corps, comme ceux de Jordi Isern, renaîtra en se confondant avec le monde.
– 
Eliseu Trenc, Commissaire de l’exposition –

 

Le réalisme abstrait de Jordi Isern

Le titre de ce texte n’est là qu’à titre d’indication, pour expliquer d’entrée qu’il s’agit d’un art authentique et très profond. Tout art est abstrait (il en a été ainsi tout au long de l’histoire, sauf en certaines périodes de décadence, jusqu’à la Renaissance) et, en principe, toute abstraction est celle d’une chose réelle. En outre, nous savons que pour pénétrer dans ce qu’il peut y avoir au fond de la réalité – avant d’arriver au vide ultime – nous devons affronter la superficie. Cependant quelqu’un a dit que la profondeur était à la superficie. Nous ne pouvons nous empêcher de regarder avec les yeux, jusqu’à ce qu’arrive le moment de le faire avec tout le corps et l’âme – et je continue à utiliser les mots pour que nous nous comprenions et non pas pour les comprendre, comme disait le maître Carles Riba. Ce qui importe c’est que je veux faire référence à l’œuvre d’un artiste qui sait regarder et voir, et qui transforme cette capacité en acte de peindre – le peintre ne regarde pas et ne voit pas avant de peindre, au contraire tout se fait simultanément-. Le résultat sont ces peintures dans lesquelles l’auteur concentre son attention sur le corps humain, qui acquiert un sens symbolique profond. Toutes les œuvres forment un ensemble, par le thème, par son traitement, et lorsque nous nous enfonçons dans leur contemplation et que nous passons de l’une à l’autre, nous constatons leurs différences et leur autonomie. Pour qualifier cet art nous pouvons parler de sensibilité, mais on ne peut pas faire de l’art avec seulement de la sensibilité. Nous pouvons également parler de sentiment, bien que, parfois, utiliser ce mot, comme beaucoup d’autres, créé des confusions. Et nous pourrions parler de différentes dispositions, mais j’aimerais mieux dire que Jordi Isern, parce que, comme vous le savez, tel est le nom de cet artiste extraordinaire, ouvre tout entière sa capacité de créer. Ce qu’il est, ce qu’il sait et ce qu’il ignore consciemment, la partie qui émerge de l’iceberg qui est la psyché, et la partie immergée, tout cela entre en jeu et agit dans le processus de création. Je ne saurais dire guère plus. Plus un art est profond et révélateur, plus il est difficile d’en parler, c’est une chose que sait parfaitement le critique. J’ai contemplé souvent toutes ces peintures, et chaque fois je me suis senti plongé dans un monde qui était l’unique monde. Je crois que c’est le but que doit atteindre l’artiste : que l’œuvre qu’il crée devienne la réalité entière. Il va s’en dire qu’il s’agit d’une entreprise difficile, mais lorsque nous contemplons l’œuvre, quand nous nous y enfonçons, elle semble naturelle, presque facile. Nous nous trouvons face à un monde ambigu. L’ambiguïté est nécessaire dans l’art le meilleur. La réalité, les choses, ne peuvent être claires et distinguables si on les observe d’un regard pénétrant. Ces peintures nous parlent de corps ; mais le corps, vu avec la profondeur dont je parlais, est un symbole du cosmos. Le cosmos lui-même est un corps vivant, une mystérieuse relation unit corps et cosmos et arrive à les fondre. Ces corps peints par Jordi Isern ont une gamme chromatique intentionnellement limitée : ocres, bruns, gris. Les formes émergent d’un fond obscur qui pourrait nous faire penser au chaos primitif d’où naît la vie. Nous voyons quelques signes, des graphismes et même quelques mots, parfois illisibles, comme gravés dans les corps. Nous centrons notre attention sur le travail que tout cela suppose et nous imaginons le temps, la patience, la maîtrise de la technique et, il faut le souligner, le savoir-faire avec lequel Jordi Isern a réalisé ces œuvres. Tout est immergé dans le mystère : de ces corps et de ces œuvres se dégage une sorte d’éclat : les ocres, les bruns et les gris se superposent ou, dans certains cas, sont envahis par le blanc, mais l’obscurité y pénètre également, comme pour rappeler que la vie est quelque chose de précaire, que l’être humain, comme n’importe quel être vivant, a quelque chose de fantomatique. Sans perdre – néanmoins – son caractère vivant, fulgurant et merveilleux, que l’artiste a su traduire.
– J. Corredor-Matheos –

 

 

 

EXPOSITIONS INDIVIDUELLES (sélection)

2013Palais des Congrès Georges Pompidou, Perpignan

2012Galería Le Confort des Étranges, Toulouse

2011Museo de Can Framis, Barcelona2010Acción “Al descobert”, pueblo de Rupià

2009Instituto Cervantes, Tetuán

 

EXPOSITIONS COLLECTIVES (sélection)

2013 / VIATGE EXTRA-ORDINARI / Sala Fidel Aguilar, Bòlit, Centre d’ArtContemporani, Girona

2012ART FOR JAPAN / UNESCO / Centro Artístico de St. Lluch, Barcelona

2011ARTEMADRID / Galeria Joan Gaspar, Madrid

2010 / 11 ANYS, PREMI HONDA / L’Abadia, Sant Joan de les Abadesses